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La nouvelle Revue Mabillon, depuis 1990

La nouvelle Revue Mabillon, depuis 1990
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  LA NOUVELLE  REVUE MABILLON   DEPUIS 1990 parPaul BERTRANDEn 1989, dom Jean Becquet adjoignait une notule au dernier fascicule de la  Revue Mabillon  publiée à Ligugé : « L’abbaye de Ligugé cessera de publier la Revue Mabillon à la fin de l’année 1989. Toutes ouvertures pour la reprise du titre, sans frais ni stocks, par un organisme scientifique en France, public, privé ou monastique, seront les bienvenues » 1. Epuisé par des années passées seul ou presque aux commandes de la  Revue Mabillon,  héritage prestigieux mais exigeant, dom Becquet voulait passer la main. C’est qu’il devenait de plus en plus difficile de tenir seul la barre d’une publication périodique chère et complexe. Ce fut donc un ultimatum ou presque : ou la relève, ou la disparition. Avec la nouvelle souffla comme un vent d’inquiétude au sein du petit monde des historiens de l’Eglise, en France. La  Revue d’histoire de la   spiritualité   avait, en effet, elle-même connu un sort funeste, quasi identique, presque quinze ans auparavant.Mais les mentalités avaient changé : l’Histoire de l’Eglise, l’érudition retrouvaient alors un nouveau souffle ; la conjoncture était par ailleurs plus favorable à des coups d’audace ; de plus, c’est peu dire que le dynamisme de dom Becquet lui avait attiré beaucoup de sympathies et un soutien presque unanime au sein de la communauté scientifique. Le directeur de l’IRHT d’alors, Louis Holtz, ainsi qu’André Vauchez (à ce moment directeur du GDR G e r s o n , l’ancêtre du GDR S a l v e   actuel) furent approchés par l’illustre bénédictin, avec l’appui de Jean-Loup Lemaitre et de François Dolbeau. L’Institut de recherche et d’histoire des textes semblait avoir les reins assez solides pour reprendre l’ouvrage sur ses épaules. Mais pas seul. Et c’est là que, fidèle et convaincu par la qualité et l’importance de la  Revue Mabillon,  un groupe de soutien naquit, constitué de membres éminents de la recherche française, ceux que l’on pourrait appeler les fondateurs ou refondateurs de la nouvelle série : autour de dom Becquet, on trouvait Nicole Bériou, Domini que Dinet, François Dolbeau, Pierre Gasnault, Jean-François Genest, Olivier Guyotjeannin, Louis Holtz, Dominique Iogna-Prat, Paulette Leclercq, Anne Marie Legras, Jean-Loup Lemaitre, Guy Lobrichon, Jean Longère, Hélène Millet, André Vauchez. Ils se regroupèrent en une Société Mabillon, héritière lointaine de la Société Mabillon en activité de 1924 à 1959 2. Mais cette société 1. Les archives de la nouvelle série de la  Revue Mabillon  ainsi que de la Société Mabillon sont conservées à la section de diplomatique de l’Institut de recherche et d’histoire des textes, au Centre Augustin-Thierry, 3B Avenue de la recherche scientifique, 45071 Orléans Cedex 2. Cette notule en fait partie.2. [Jean B e c q u e t ], Tables générales, I-LVII (1905-1968),  dans  Revue mabillon,  hors série, 1968-1969, p. 6-9.  Revue Mabillon,  n.s., t. 16 (= t. 77), 2005, p. 91-98.  92 P. BERTRAND n’était pas seulement le garant public, c’était et c’est aussi le moteur scienti fique. Car les premiers membres de cette société constituèrent le premier comité de rédaction de la nouvelle  Revue Mabillon.  L’ancrage matériel, ce fut la section de diplomatique de l’Institut de recherche et d’histoire des textes, à Orléans. L’éditeur ? La maison Brepols, dont la renommée scienti fique n’était déjà plus à faire, accepta de relever le défi. Dès les premiers pas de la nouvelle Revue, des soutiens inespérés vinrent renforcer les moyens de la Société Mabillon et donc de la Revue : l’Encyclopédie Bénédictine surtout, mais aussi les Archives de France. Tandis que, comme partenaire institution nel, l’École pratique des hautes études rejoignit l’IRHT.Héritière de l’ancienne, la Revue garda le titre, que donna dom Becquet à la Société avec l’accord de son abbé : elle resterait la  Revue Mabillon  3. Ce n’est pas la seule revue qui ait connu semblable parcours. La  Revue des   Études augustiniennes  elle-même a été reprise en main par une équipe de chercheurs universitaires laïques. Les objectifs d’après Vatican II pour les congrégations religieuses ont, en effet, bien changé et, face aux saignées de recrutement qu’elles endurent, elles concentrent leurs efforts sur des mis sions essentielles comme la pastorale, l’évangélisation ou la ré-évangélisation. L’étude du passé religieux ne constitue plus, hélas, une priorité pour les religieux. Ce n’est trahir aucun secret que de déplorer la fragilité du destin de la Société des Bollandistes : il n’y a plus de jésuite qui ait été rattaché à la Société ces dernières années et les rangs s’éclaircissent. Afin de continuer à travailler avec leur efficacité coutumière, ils ont recruté leur premier « bollandiste laïque », tandis qu’un second laïque se trouve aux commandes du secrétariat de rédaction des très vénérables  Analecta Bollandiana.  Le sort de la  Revue Mabillon  fut donc le sort de bon nombre de revues : la prestigieuse  Revue d’histoire ecclésiastique,  elle aussi, se trouve maintenant en grande partie dans des mains laïques, depuis quelques années. Et, même si ce n’est pas une revue, l’entreprise de Fanjeaux également est passée des mains de dom Vicaire à celles d’universitaires et de spécialistes qui, chaque année, jettent le défi de rencontres et d’une publication de qualité, envers et contre tout. Seule, ou presque, la monumentale (au sens premier du terme)  Revue Bénédictine  poursuit son chemin, imperturbable, grâce à dom Bogaert et dom Misonne. On trouve aussi quelques revues d’ordres reli gieux : les  Archivum Fratrum Praedicatorum , les  Archivum Francisca num Historicum  et quelques autres qui, elles, tournent encore bien : proba blement sont-elles sauvées par ce statut de porte-drapeau scientifique de leur ordre.Néanmoins, il n’y a pas que les revues d’histoire ecclésiastique qui se soient réformées à la fin du siècle précédent. Ainsi un des phares de l’histo riographie de la seconde moitié du XX e siècle, les  Annales  dites Économies,   sociétés, civilisations  sont-elles devenues, en 1994,  Annales. Histoire, scien ces sociales.  Par là même, mais aussi dès avant cela, en 1989, la revue changeait d’âme, s’ouvrant davantage encore aux sciences sociales, pour « écrire l’histoire dans un dialogue plus dense avec l’ensemble de [ces] 3 3. Orléans, IRHT, section de diplomatique, archives de la  Revue Mabillon.  L A  REVUE MABILLON   DEPUIS 1990 93 sciences sociales » 4. La  Revue historique  elle aussi a pris un coup de jeune, il y a peu : pas seulement un ravalement de façade, aussi une reprise en main du contenu —y aurait-il un lien entre le rajeunissement de la  Revue historique  de Gabriel Monod et l’abandon relatif de la « nouvelle histoire » par les  Annales  nouvelle version ? Au même moment, des revues neuves trouvent leur vitesse de croisière, un public, une légitimité :  Histoire urbaine, Histoire et Mesure,    Le Médiéviste et l’Ordinateur, Micrologus, Hagiographica, Médiévales,    Mediaevistik   : des revues consacrées à des thématiques ciblées, sou vent techniques —études médiévales et ordinateur, histoire quantitative et métrologie, histoire agraire, histoire des sciences, hagiographie... —ou plus larges —pour  Médiévales  par exemple, avec ses thématiques d’« histoire culturelle et des systèmes de représentation » ou encore  Mediaevistik   avec ses études d’histoire de la spiritualité et de la mystique 5. Pour ne citer que celles-là... Les revues scientifiques connaissent donc un renouveau bienvenu. Les années quatre-vingt-dix marqueraient-elles un tournant historiogra phique ?Les revues d’histoire religieuse, en France, sont donc pratiquement toutes décléricalisées, reprises en main par des laïcs. Evidemment, ces laïcs sont, pour un nombre certain, des chrétiens engagés d’une façon ou d’une autre, ce qui se comprend assez bien dans une France toujours divisée entre chrétiens et anticléricaux ; ou, pour dire les choses en collant plus aux réalités sociolo giques actuelles, entre religieux et antireligieux. En histoire religieuse sont apparues deux « écoles », l’une catholique avec, pour ne prendre qu’un exemple récent, le groupe de la Bussière 6, l’autre plus laïque, mais sans structuration. Les deux tendances coexistent toujours. La violence des rela tions entretenues par ces deux France a d’ailleurs expliqué la création de la  Revue Mabillon,  il y a cent ans ; cette violence se tempère actuellement, dans la mesure où des relations se nouent entre les partis qui s’ouvrent l’un à l’autre. Il reste néanmoins des incompréhensions et des fossés qui participent moins de la profession de foi ou d’athéisme que des conséquences directes de celles-ci sur le métier d’historien. Car si certains travaux d’historiographie « néo-catholique » 7 ont été et sont parfois encore critiqués pour leurs pers pectives apologétiques, on a aussi posé la question de la pertinence d’un regard avisé sur l’histoire religieuse par un athée ou un anticlérical militant. Cette dernière question : un historien du fait religieux doit-il être chrétien ? bien d’autres l’ont posée très clairement avant moi, et je me souviens fort bien de Léopold Genicot affirmant de sa forte voix qu’on ne pouvait comprendre 4. Dans l’éditorial : «Histoire, sciences sociales »,  Annales. Histoire, sciences sociales,  t. 49, 1994, p. 3-4, ici p. 3.5. J.-Cl. S c h m it t   et D. I o gna - P rat , «Une historiographie au milieu du gué. Trente ans d’histoire médiévale en France », dans  Les tendances actuelles de l’histoire du Moyen Age en   France et en Allemagne,  J.-Cl. S chmitt   et O. G. O exle   éds., Paris, 2002 (Histoire ancienne et médiévale, 66), p. 422-423.6. Voir B. F ilippi , «Le ‘‘groupe de la Bussière’’. Quelques étapes d’un parcours collectif », dans Un siècle d’histoire du Christianisme en France. Bilan historiographique et perspectives.    Actes du colloque, Rennes, 15-17 septembre 1999  (=  Revue d’histoire de l’Eglise de France,  t. 86, 2000, no 217), p. 735-745.7. Pour reprendre l’expression de Ph. P oirrier ,  Les enjeux de l’histoire culturelle,  Paris, 2004 (Points-Histoire. L’Histoire en débats), p. 275.  94 P. BERTRAND le Moyen Age religieux sans être soi-même croyant 8. Cette position, un grand nombre d’historiens du fait religieux l’assument encore, avec des arguments réels : comment comprendre la pensée, la vie, la pratique, les normes reli gieuses sans les avoir acceptées et intériorisées sous la forme d’une expérience personnelle ? Mais le chanoine Aubert ajoute sagement qu’un laïc athée peut aussi bien comprendre le fait religieux s’il prend la peine de comprendre et d’accepter, par des lectures multiples et diverses, cette foi vécue par les médiévaux et les modernes, à la manière d’un anthropologue. Dans ce sens, une des plus grandes richesses de la nouvelle série de la  Revue Mabillon  vient, c’est une certitude, de son comité de lecture et de rédaction ressortis sant aux deux tendances, mais aussi de la très grande ouverture quant aux différents travaux publiés, quelles que soient les opinions philosophiques ou religieuses de leurs auteurs. Dans un esprit de tolérance réel, non sans d’évidentes difficultés de temps à autre —ne nous voilons pas la face —, la nouvelle série de la  Revue Mabillon  a posé probablement une des plus belles pierres d’histoire religieuse de ces quinze dernières années, contribuant à rapprocher davantage ces deux France au combat desquelles elle avait parti cipé il y a cent ans.Mais ce n’est pas le seul titre de gloire de cette nouvelle  Revue Mabillon.  Revenons-en au sous-titre. De « Revue Mabillon. Archives de la France monastique », la revue est devenue « Revue internationale d’histoire et de littérature religieuses ». Avec cette dénomination percent déjà les spécificités de la nouvelle Revue. Elle sera internationale, s’ouvrira au monde, s’émanci pant hors du fameux quadrilatère de l’historiographie post-tridentine « Vienne-Bruxelles-Cadix-Naples » 9, s’ouvrant à l’Europe : les pays de l’Est, cités dès l’éditorial du tome 1, seront accueillis, même si leur présence au sein de la Revue depuis 1990 n’est pas saisissante 10. Mais aussi des chercheurs et thématiques hors de l’espace francophone : la Péninsule ibérique surtout, qui s’ouvre aux études historiques et philologiques de qualité depuis une décennie. La nouvelle jeunesse de la Revue s’avère attrayante pour une discipline elle aussi renouvelée. Quelques chercheurs allemands, quelques chercheurs anglo-saxons : le comité de lecture a toujours accueilli avec bon heur les articles « étrangers », comme on dit. Ceci dit, on ne trouvera guère de travaux provenant ou concernant le monde scandinave, le monde du Proche- Orient, l’Afrique.Revue internationale et se limitant à l’époque médiévale et moderne, comme l’éditorial de la première livraison de la nouvelle série le dit à mots couverts, sans l’affirmer clairement ni le justifier, en soulignant simplement que les chercheurs qui ont sauvé la Revue du naufrage étaient des médiévistes et des modernistes, ou encore que la Société Mabillon accueillera tout cher cheur travaillant en histoire religieuse, pour les périodes médiévales et modernes. Ces limitations chronologiques, somme toute assez artificielles, 8. On lira, comme témoignage de l’emprise de ses convictions sur son métier d’historien, le petit ouvrage L. G e n ic o t ,  La spiritualité médiévale,  Paris, 1958.9. R. A u b e r t , «Les nouvelles frontières de l’historiographie ecclésiastique », dans  Deux   mille ans d’histoire de l’Eglise. Bilan et perspectives historiographiques,  J. P ir o t t e   et E. L o u c h e z   éds. (=  Revue d’histoire ecclésiastique,  t. 95/3, 2000), p. 760.10. J. B e c q u e t , A. V a u c h e z , «Éditorial »,  Revue Mabillon,  n.s., t. 1 (t. 62), 1990, p. 5-7.  L A  REVUE MABILLON    DEPUIS 1990 95 restent aisément transgressables. Reconnaissons-le cependant, la  Revue    Mabillon  a des ancrages parfois davantage médiévistes que modernistes : on compte pratiquement toujours trois quarts d’articles médiévaux et un quart d’articles modernes. Probablement est-ce bien là qu’on attend de grands progrès dans les années qui s’annoncent : enfin briser cette barrière stérili sante entre les médiévistes et les modernistes.Une revue internationale donc. Mais aussi une revue d’histoire et de littérature religieuses, dit le sous-titre —la lettre envoyée à la communauté scientifique annonçait « une revue européenne d’histoire de la vie religieuse et de la spiritualité, axée principalement sur la publication et l’exploitation de sources nouvelles » 11. Une fois de plus, le programme se définit, large et ambitieux : ce n’est pas seulement la  Revue Mabillon, archives de la France   monastique,  qui retrouve comme une seconde jeunesse ; c’est aussi la  Revue   d’histoire de la spiritualité   qui renaît ici comme par miracle.Mais c’est aussi une revue de « littérature religieuse ». Littérature reli gieuse, ce ne sont pas des avalanches de pieux textes égrenés en guise de rosaire, c’est plutôt le retour au texte, au document, au manuscrit, à l’archive. C’est le retour aux sources, leur traitement et leur édition : la mission première de l’Institut de recherche et d’histoire des textes aussi. La section de diplomatique reprenant à bras le corps la Revue moribonde, le comité de lecture et la Société Mabillon étant constitués pour une part importante de membres de l’IRHT, il était normal que le document soit placé au centre de bon nombre de travaux proposés ou sollicités. Mais ce serait une erreur de croire que c’est pour cette raison seulement que la Revue publie autant de travaux concernant les sources d’histoire religieuse, voire les édite de manière critique : coutumes, ordinaires, cartulaires, libelli  hagiographiques, chartes, inventaires de biens, catalogues de bibliothèques, constitutions, épitaphes, cérémoniaux, graduels, répertoires de prose, bréviaires, bibles, polyptyques... pour n’en citer que quelques exemples, sont parmi les théma tiques usuelles des articles publiés. Retour aux sources que les bénédictins de Saint-Maur n’ont jamais abandonnées et dont cette nouvelle série se veut l’héritière scientifique. L’ouverture à ces études était réelle, certes... mais il fallait cependant que la demande d’un retour aux sources vienne de la communauté scientifique elle-même, il fallait une réponse positive de cette communauté, sans quoi la revue pouvait disparaître. Or, par chance ou par « hasard », l’intérêt pour l’érudition et le document, pour la source s’avère de plus en plus prégnant dans la communauté scientifique, depuis une généra tion environ. Une sorte de retour en grâces des sciences auxiliaires, qu’il vaut mieux dire fondatrices à l’instar de dom Becquet et d’André Vauchez dans l’éditorial fondateur de la nouvelle série... 12. Fondatrices ou fondamentales, ces sciences sont remises à l’honneur, même si on ne les pratique plus comme il y a 80 ou cent ans. Ce sont les particularismes des discours extraits des différentes sources qui intéressent, ce sont les différentes sources elles- mêmes comme instruments de savoir ou de pouvoir, comme instruments efficaces. Le nombre impressionnant d’articles sur la prédication et la litté 11. Orléans, IRHT, section de diplomatique, archives de la  Revue Mabillon. 12. J. B e c q u e t , A. V a u c h e z , «Éditorial », art. cit., p. 5-7.
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